13/11/09

C’était au temps du mur – Once upon a time, before the wall collapsed

Cela se passait un peu avant la chute du mur. Vous savez bien, le mur… Celui dont on a beaucoup, mais vraiment beaucoup, parlé ces jours derniers. Jeune diplômé, j’étais alors coopérant universitaire français à Oran, la deuxième ville d’Algérie.


Université d'Oran - "Du peuple et vers le peuple"


J’habitais un petit studio, dans un immeuble de 20 étages proche du front de mer. Outre des familles oranaises ordinaires, cet immeuble délabré abritait un certain nombre d’étrangers employés par l’Etat algérien dans le cadre d’accords de coopération bilatéraux. On y trouvait quelques Français, envoyés comme moi dans ce pays par le ministère des affaires étrangères de notre république, mais aussi,des citoyens de pays arabes - Egyptiens et Syriens, quelques Palestiniens -, des dizaines de Soviétiques et des ressortissants de pays d’Europe orientale. La coupure était nette entre, d’une part, les Polonais et les Hongrois ouverts sur l’Occident et conviviaux et, d’autre part, les Soviétiques, Bulgares et Roumains, vivant en circuit fermé et se surveillant les uns les autres.


De nombreux indices laissaient subodorer que ceux-ci, pour la plupart, n’étaient pas des coopérants ordinaires, mais des conseillers militaires et des agents des services de renseignement. Parmi les Russes notamment, il y avait des caricatures d’Homo sovieticus qui n’auraient pas déparé aux côtés d'apparatchiks brejneviens à la tribune officielle de la Place Rouge. Il faut dire que la situation stratégique d’Oran et de son port militaire, Mers-el-Kébir, proche du détroit de Gibraltar, favorisait la présence massive de grandes oreilles du KGB, spécialistes des radars qui surveillaient les flottes militaires du camp adverse.

Pour couronner le tout, parmi les occupants de logements réservés à des fonctionnaires algériens, on comptait des gradés de la sécurité militaire, souvent formés chez les camarades de l’Est. Ajoutez que l’immeuble ne comportait qu’une seule entrée, constamment surveillée par un mouchard, vous pouvez imaginer l’ambiance pas franchement hilarante des lieux, quoique… L’Algérie, bien que "démocratie populaire", n’était pas l’Allemagne de l’Est et le système connaissait de nombreuses failles dues au soleil méditerranéen et au tempérament local qui, à la rigueur et à la méthode de la Stasi, privilégiait le "ghadwa inchaâ’ Allah" (demain si Dieu le veut), et le "nchoufou" (on verra).


Pourtant, en Europe de l’Est, le changement avait déjà commencé. Solidarnosc était passé par là, le système vacillait sur ses bases. Andreï Sakharov, le fameux dissident soviétique n’avait pas encore été réhabilité, mais le jour de son retour approchait. C’est justement en convoquant Sakharov à la rescousse que je me suis amusé à jeter le trouble chez mes voisins du KGB… Je ne connaissais guère le russe, mais je savais écrire Сахаров, Sakharov en écriture cyrillique.

J’avais confectionné des dizaines de petits tracts ne portant qu’une inscription : Сахаров. J’en avais toujours quelques uns sur moi et, lorsque je passais près des boîtes à lettres, je profitais d’une absence momentanée du cerbère pour glisser rapidement mes papiers dans celles des Soviétiques.


Андрей Сахаров - Andreï Sakharov

Je sais, c’était un jeu puéril, mais je n’ai pas de mots pour décrire le remue-ménage que cela a provoqué chez les Russes. Visages tendus où s’affichaient colère et perplexité, conciliabules dans l’escalier, réunions extraordinaires de crise, comités de surveillance. Qui pouvait bien être le traitre ? L’un des leurs ? Le doute les minait. Leur alarme, ainsi que ma jubilation, ont duré plusieurs mois. J’ai arrêté ce jeu quand la surveillance des boîtes est devenue trop serrée. Quel pouvoir de déstabilisation avait à cette époque le simple nom de Sakharov, bête noire du régime de Moscou ! Ne l’oublions pas.

16/10/09

October Maize Fields

15/10/09

Gracias a la vida

Lundi, après avoir passé le début de l’après-midi en rendez-vous à l’hôpital, je retrouvais à la sortie un ciel sans nuages et un soleil radieux. Autour du parking, les pelouses plantées de châtaigniers étaient jonchées de bogues fraîchement tombées que convoitaient déjà des passants.

Un air et des paroles trottèrent dans ma tête : « Gracias a la vida ». Merci à la Vie, on venait de m’annoncer que je n’avais pas de cancer, mais une maladie qui se guérissait fort bien.

En hommage à Mercedes Sosa, disparue il y a quelques jours: Gracias a la vida

02/10/09

Deixe-os dizer o que eles querem - Laisse-les dire - Let them talk if they want to...

Lesk ne da lar... "Laisse-les dire". C'est le nom de ce bateau sardinier dans le breton de la côte cornouaillaise (sud-ouest de la Bretagne). Les tenants d'une langue "sur-unifiée" qui ne relève que du mythe, mais qui est enseignée aux scolaires, écriraient : "Laosk anezhe da lavarout". Eviter cette dernière version au bord de l'eau si l'on ne veut pas être la risée des mouettes. Et surtout bien mettre l'accent sur "ne" (prononcer "né") et sur "lar"

27/09/09

Ou me faudra mourir...

Jeudi matin, au petit jour, alors que je traversais à pied le pont, je fus surpris par la présence d’une ambulance, d’un fourgon de police et d’un camion de pompiers garés sur la berge. Pourtant, fait étrange, aucun gyrophare, aucune sirène ne troublait la relative quiétude de cet instant qui, chaque jour ouvré, précède l’arrivée massive et bruyante des véhicules qui convoient leurs passagers vers les écoles, les ateliers et les bureaux. Quelques badauds se penchaient, la mine grave, au-dessus des parapets, scrutant les basses eaux de la rivière. Intrigué, je dirigeai mon regard dans la même direction qu’eux et distinguai aussitôt un corps sans vie, flottant entre deux eaux. Je ne m’attardai pas, mon « frère humain » n’avait plus besoin de moi.

Plus tard dans la journée, comme j’empruntais la passerelle dédiée à notre poète local et universel, Max Jacob, je ne pus refréner un coup d’œil vers l’endroit funeste. Plus rien ne trahissait le drame. La marée montante avait renouvelé les ondes mortifères. La vues des mulets se jouant du courant réjouissait un groupe de touristes canadiens qui goûtaient le soleil d’automne. Les préparatifs d’un spectacle nocturne, prévu sur ces mêmes rives en fin de semaine, allaient bon train. Soudain, un haut-parleur laissa brièvement sortir un essai de son. Je reconnus un air français de la Renaissance, «Belle qui tient ma vie» :

Après quelques instants, j’en retrouvai les paroles :


Belle qui tient ma vie

Captive dans tes yeux,

Qui m’a l’âme ravie

D’un sourire gracieux,

Viens tôt me secourir

Ou me faudra mourir.


Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé cette nuit-là sur les quais de l’Odet. Si l’on me disait que le désespoir amoureux y a poussé à la noyade, je n’en serais pas plus étonné.


Max Jacob

06/09/09

Abati ar Releg

Releg, is a cognate of Old Irish Relec, a burial place: here, in the "commune" of Plouneour-Menez, it is the burial place for the warriors slain during a fierce battle fought between two Breton/Briton (there is no point in making a distinction in that time) chieftains of the Dark Ages, Iudwal and his father-in-law, Conomor, who ruled over central Brittany. Conomor was killed, his body was taken over the sea, to be buried at Castle Dore in Cornwall. A few years later, around 560 A.D., a Celtic monastery flourished there, but blood was shed another time; marauding Vikings destroyed that place of worship three centuries later.

Relec Abbey is a Cistercian monastic foundation that was established in 1132 in a remote valley, at the foot of rugged hills surrounded by woods and moors.

Since there is no abbey without lively waters, the monks settled near the spring of the Queffleuth, a swift and beautiful stream. This abbey had an important role in the history of our hills, being a major landowner in the area before the 1789 Revolution and, via the "quevaise", a system fostering the reclaiming of lands (lands gone waste after wars and plagues) by free pioneer peasants, it shaped a landscape we still can see today.

A romanesque capital

EX MOMENTO PENDET AETERNITAS
(Eternity depends but on one moment),
that warning painted on an old clock would remind
17th Century monks of their duties...

Today, the old abbey has partly collapsed, but a group of locals wanting to safeguard their stone heritage try to keep rain and wind out of what remains. Funding is scarce, so they organise musical events on that special spot.

Thorns make their way through a window.


16/08/09

Pêcheur d'images-Fisher of dreams-Pescador de imagens-Pescador de imagenes-Pesketer skeudennoù


Avant d'ouvrir ma boîte de sardines "La Quiberonnaise", j'en ai scanné le couvercle orné d'une photographie signée Philip Plisson, photographe breton habilité depuis 1991 à porter le titre de "Peintre officiel de la marine".
Plisson partage notamment ce titre avec Yann Artus-Bertrand, le très médiatique photographe de notre planète mondialement connu depuis la sortie de son film militant "Home" qui, en France, a fait plus pour la cause écologiste que le documentaire d'Al Gore. Plisson, comme ses confrères, bénéficie de l'un des rares privilèges républicains, celui de faire suivre sa signature d'une ancre.


Le stratagème de marketing fonctionne : on achète une oeuvre d'art et non un aliment. Pas de texte, pas de marque sur le couvercle, la qualité de la photo suffit à attirer l'oeil et l'amateur se retrouve à la caisse du magasin avec la boîte dans son cabas. Mais pas frustré, je vous l'assure : les sardines "La Quiberonnaise" sont un délice, mmmmmmmmm... Même si elles proviennent du Morbihan et non du Finistère, ne soyons pas chauvins.

Plisson a repris à son compte l'appellation que se donnait Doisneau, "pêcheur d'image", plutôt que "chasseur d'image". Pour Doisneau, il s'agissait de souligner la part de hasard et de lenteur suivis par le "coup de main" rapide, sûr et décisif nécessaires à son art. Pour les Plisson, père et fils, "pêcheur d 'image" évoque, bien sûr, leur thème privilégié : la mer.